Pays-Bas

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Peintre du Pays-Bas, Rembrandt est n√© le 15 juillet 1606 √† Leyde, aux Provinces-Unies. Sa vie est, comme sa peinture, pleine de demi-teintes et de coins sombres. Pendant fort longtemps on n'a rien su de lui. On le disait int√©ress√©, cupide, m√™me avare, quelque peu trafiquant, et d'autre part on le disait dissipateur et d√©sordonn√© dans ses d√©penses, t√©moin sa ruine. Il avait la rage de poser devant un miroir et de se peindre tout seul, en un petit cadre, les yeux dans les yeux, pour lui -m√™me et pour le seul prix d'une lumi√®re frisante ou d'une demi- teinte plus rare. Depuis lors, la lumi√®re s'est r√©pandue. L'histoire de Rembrandt a √©t√© faite et fort bien en Hollande, et m√™me en France. √Ä le consid√©rer par l'ext√©rieur, c'√©tait un brave homme, aimant le chez-soi, la vie de m√©nage, le coin du feu, un homme de famille, peu √©conome. Il √©tait assez fier. II eut une femme charmante, Saskia, qui fut comme un rayon dans ce perp√©tuel clair-obscur et pendant des ann√©es trop courtes, √† d√©faut d'√©l√©gance et de charmes bien r√©els, y mit quelque chose comme un √©clat plus vif. √Čtait-il f√™t√©, tr√®s entour√©, tr√®s en vue? Non plus. C‚Äô√©tait un homme √† part, un r√™veur, peut-√™tre un taciturne, un peu rude, tendu, tranchant, peu commode √† contredire, encore moins √† convaincre. Dans sa pratique, il ne peignait, ne crayonnait, ne gravait comme personne. Ses oeuvres √©taient m√™me, en leurs proc√©d√©s, des √©nigmes. √Ä le voir √† son chevalet, avec une palette certainement englu√©e, on cherchait, au bout de son burin et de sa brosse, des secrets qui venaient de plus loin. Sa mani√®re √©tait si nouvelle, qu'elle d√©routait les esprits forts, passionnait les esprits simples. Sous tous les rapports, il a tromp√© bien des gens. Comme homme, il manquait de dehors, d'o√Ļ l'on a conclu qu'il √©tait grossier. Comme homme d'√©tudes, il a d√©rang√© plus d'un syst√®me, d'o√Ļ l'on a conclu qu'il manquait d'√©tudes. Comme homme de go√Ľt, il a p√©ch√© contre toutes les lois communes, d'o√Ļ l'on a conclu qu'il manquait de go√Ľt. Comme artiste √©pris du beau, il a donn√© des choses de la terre quelques id√©es fort laides. On n'a pas remarqu√© qu'il regardait ailleurs. C'√©tait un cerveau servi par un oeil de noctiluque, par une main habile sans grande adresse. Ce travail p√©nible venait d'un esprit agile et d√©li√©. Cet homme de rien, ce fureteur, ce costumier, cet √©rudit nourri de disparates, cet homme des bas-fonds, de vol si haut; cette nature de phal√®ne qui va √† ce qui brille, cette √Ęme si sensible √† certaines formes de la vie, si indiff√©rente aux autres; cette ardeur sans tendresse, cet amoureux sans flamme visible, cette nature de contrastes, de contradictions et d'√©quivoques, √©mue et peu √©loquente, aimante et peu aimable; ce disgraci√© si bien dou√©, ce pr√©tendu homme de mati√®re, ce trivial, ce laid, c'√©tait un pur spiritualiste, disons-le d'un seul mot: un id√©ologue, je veux dire un esprit dont le domaine est celui des id√©es et la langue celle des id√©es. La clef du myst√®re est l√†. Rembrandt est mort le 4 octobre 1669, √† Amsterdam, au Pays-Bas. * Ce texte est compos√© d'extraits de la biographie de Rembrandt par EUG√ąNE FROMENTIN.