au 17 avril 2004


Ce dialogue traite de la campagne électorale aux USA, de la commission du 9/11/2001, des difficultés de Bush à cause de la guerre en Irak et de ses mensonges sur les raisons de son déclenchement, des attaques américaines contre le moulah Béni Sadr, de l’administration de l’Irak conquise, du rôle de l’ONU, et de sujets découlant de ces sujets.

Au 17 avril 2004

Mansour: Merci pour ton article de Newsletter concernant les retombĂ©es de l’apparition de Condileeza Rice devant la commission du 9/11/2001. Je t’avoue que je ne m’attendais pas du tout Ă  la rĂ©action Ă  ce jour de la presse amĂ©ricaine après son passage Ă  la commission. Il faut dire toute de mĂŞme que la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine, qui touche beaucoup plus de monde que la presse Ă©crite, n’a pas Ă©tĂ© aussi impartiale dans son analyse de la performance de Mme Rice. L’impression que j’ai pour le moment c’est que la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine projette tout de mĂŞme une meilleure image d’elle que ce que j’ai vu en direct pendant son tĂ©moignage. Howard Fineman est un excellent journaliste que je suis depuis très longtemps, car il apparaĂ®t très souvent sur MSNBC, aussi bien que sur CNN. Il ne fait de doute que son dernier article va crĂ©er des vagues Ă  travers tous les «mass-media» amĂ©ricains, mais il ne faut pas oublier que malgrĂ© tout ce barrage de mauvaises nouvelles pour la campagne de Bush, le public amĂ©ricain reste accrochĂ© Ă  son commnandant-en-chef, comme d’habitude, historiquement. Il est vrai que l’opinion publique amĂ©ricaine vis-Ă -vis de la gestion de la guerre en Irak de Bush a finalement commencĂ© Ă  changer, mais c’est du principalement aux Ă©vènements sur le terrain en Irak, et pas Ă  cause des dĂ©bats publics devant la commission d’enquĂŞte du 9/11/2001.

Claude: Oui, c’est sur le terrain que se dessine l’avenir de ti-Bush. Et je crois qu’à ce rythme son appui favorable change vite et va devenir négatif. Il a fait une guerre inutile, sans un nombre suffisant d’alliés réels, a repoussé les Nations Unies et n’a pas de plan d’après-guerre pour redonner à ce pays, dans le calme, un élan démocratique. Je crois que les soldats Américains sont là pour longtemps. Malgré la pression du peuple américain qui pourrait devenir forte pour qu’ils se récusent, j’ai l’impression que les soldats sont là pour au moins deux autres années avant de revenir à leurs casernes aux USA. Ils ne peuvent rien contre les Chiites et ceux-ci ne les laisseront pas faire. De plus, j’aimerais bien savoir ce qui arrive avec le pétrole. Combien pompe-t-on de gallons par jour, quels sont les revenus générés? Où vont-ils? L’autre jour à sa conférence de presse, j’ai remarqué sur le visage de ti-Bush un air de fierté en faisant allusion au pétrole Irakien. Je suis surpris qu’aucun journaliste à ce jour n’ait fait une enquête pour savoir ce qu’est la vraie situation de l’exploitation du pétrole Irakien depuis la conquête des Américains ?

Mansour: Mieux encore, je pense que la concentration des «mass-medias» amĂ©ricains sur les travaux de cette commission, empĂŞche le public amĂ©ricain de se rendre compte des fautes graves que Bush avait commises en Irak et empĂŞchĂ© ce mĂŞme public d’Ă©couter les messages de John Kerry. Hier par exemple, John Kerry a fait un discours important sur son programme Ă©conomique, mais aucune chaĂ®ne de tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine ne l’a rapportĂ© en direct.

Claude: Je comprends tes inquiétudes. Mais je ne vois pas cela comme ça. En général, les électeurs dans des élections démocratiques votent «contre» et non «pour». Il s’agit donc pour Kerry de ne pas faire d’erreur de parcours et de bien jouer. A mon avis, il va bien à ce jour. Ti-Bush se battra lui-même. D’ailleurs les derniers sondages indiquent une remontée spectaculaire de Kerry et cela même si sa campagne à ce jour est «low-key».

Mansour: Ce qui m’a toujours Ă©tonnĂ© durant toute la campagne de Bush en Irak, c’est que son administration n’a rien appris ni de l’expĂ©rience des amĂ©ricains au Vietnam et encore moins de l’expĂ©rience française durant toute la guerre de l’AlgĂ©rie. Tout comme les premiers gouvernements français dĂ©crivant la guerre en AlgĂ©rie comme une opĂ©ration de police, l’administration de Bush continue Ă  nous faire croire qu’elle n’a pas affaire Ă  une insurrection nationale contre son occupation de ce pays. Mais dès 1956 l’administration française avait reconnu qu’elle devait gagner les populations algĂ©riennes avant qu’elles ne dĂ©cident de rejoindre le FLN. Jacques Soustelle, qui avait Ă©tĂ© nommĂ© gouverneur gĂ©nĂ©ral en AlgĂ©rie, Ă©tait un ethnologue de renommĂ©e mondiale. Mieux que cela, il s’Ă©tait entourĂ© des meilleurs sociologues, ethnologues français de ce temps pour mettre en place une stratĂ©gie globale de rĂ©cupĂ©ration des populations algĂ©riennes Ă  la cause française .Je suis tĂ©moin vivant de l’autre cĂ´tĂ© de la barrière et je te garantis que Soustelle avait rĂ©ussi Ă  dĂ©tacher une grande partie de la population algĂ©rienne du mouvement nationaliste. Et en moins de deux ans, Soustelle avait rĂ©ussi grâce, d’une part Ă  un renforcement radical des forces armĂ©es françaises, et de son programme d’assistance aux populations Ă  affaiblir sĂ©rieusement le mouvement de libĂ©ratioĂ© du FLN. Il n’Ă©tait plus aussi facile, par exemple, de mobiliser les fonds nĂ©cessaires au financement de notre lutte, chez les marchands algĂ©riens, petits ou grands. Le taux de scolarisation en AlgĂ©rie qui n’Ă©tait que de 10% en 1954 est montĂ© rapidement Ă  près de 40% grâce Ă  toutes les Ă©coles ouvertes par les forces armĂ©es françaises dans tous les villages du pays. Des chantiers de plein emploi Ă©taient ouverts partout. MĂŞme l’approvisionnement en viande et lĂ©gumes des forces militaires Ă©taient ouvertes aux petits entrepreneurs algĂ©riens, qui ne demandaient que des marchĂ©s pour leurs produits.

Claude: Merci de me raconter cela. Je suis fort impressionné par la stratégie (que je ne connaissais pas) de Soustelle et de ses collègues. Si seulement tout cela avait été fait une vingtaine d’année auparavant et non à cause de la pression du FLN sur le pays. Je comprends encore mieux ton pays. C’est fort intéressant.

Mansour: Par contre Bush a nommĂ© un administrateur, John Bremmer, qui a toujours Ă©tĂ© un diplomate qui n’a aucune idĂ©e des problèmes sociologiques de l’Irak.

Claude: Oui, je suis en accord avec toi, Bremmer ne semble pas à la hauteur de la tâche. Il a remplacé un ancien militaire nommé initialement et qui me semblait plus compréhensif et flexible et qui connaissait le pays, du moins la partie Kurde. Dès le début, il a réuni ce qui me semblait être les états généraux de la nation Irakienne. Il a été vite remplacé par ti-Bush car je pense que Cheney n’aimait pas ce que faisait cet individu qui ne protégeait pas assez ses intérêts. J’ai l’impression que ce fut une grande erreur de le limoger. En sais-tu davantage sur ce militaire?

Mansour. Non pas vraiment, Comme toi je l’ai vu Ă  l’œuvre. Il Ă©tait connu par les Kurdes et semblait effectivement avoir empruntĂ© un bon chemin pour rĂ©unir les principaux reprĂ©sentants de toutes les factions du pays. Mais il a vite disparu. Quant Ă  Bremmer, il se fait entourer par les officiers du Pentagone, qui n’ont qu’une seule expertise, Ă  savoir de tuer autant de gens que possible Ă  moindre frais. Il ne fait aucun doute aujourd’hui que nous avons Ă  faire face Ă  un nationalisme irakien, auquel l’administration de Bush ne croyait pas. Et les derniers dĂ©veloppements Ă  Falludhja ne font que prouver l’erreur fondamentale de Bush et surtout de ses conseillers militaires. Quand des Chiites viennent au secours des Sunnis assiĂ©gĂ©s, je pense que la faillite de toute la stratĂ©gie de Bush en Irak est Ă  nue. Et cette coopĂ©ration entre les Sunnis et les Chiites ne pourra que se renforcer Ă  cause de la bĂŞtise de la rĂ©action de l’administration de Bush vis-Ă -vis de Beni Sadr. VoilĂ  un individu, qui est un hĂ©ros, non pas pour ce qu’il a fait lui mĂŞme, mais surtout pour ce que son père avait reprĂ©sentĂ© en Irak. MĂŞme le moulah Sistani ne peut se comparer au père de ce nouveau Beni Sadr. Cet individu est aussi lĂ©gendaire dans le monde chiite que l’ayatollah Khomeiny Ă©tait en Iran. Beni Sadr senior Ă©tait la seule force politique contre la dictature de Saddam Hussein. Mieux encore, il est aujourd’hui le symbole et le martyr de la rĂ©sistance chiite en Irak, après son assassinat par le rĂ©gime de Saddam. Mais malgrĂ© tout cela les forces d’occupation amĂ©ricaines n’ont rien trouvĂ© de mieux que de dĂ©noncer ce fils du plus grand martyr chiite irakien comme un ennemi du peuple irakien. Il faut vraiment avoir les yeux et les oreilles bouchĂ©s pour croire Ă  ce type de message. La confrontation avec ce chiite ne fera que renforcer tous les mouvements opposĂ©s Ă  la politique amĂ©ricaine en Irak. Et cela n’augure rien de bon pour Bush cet Ă©tĂ©.

Claude: Je suis heureux que tu m’expliques bien qui était le père de Beni Sadr et l’influence relative de son fils. Il est clair que les Américains n’y comprennent rien et lorsqu’ils en ont fait le nouvel ennemi de la supposée coalition et annoncé ouvertement qu’ils veulent le tuer, je comprends mieux maintenant pourquoi les musulmans de toutes tendances se réunissent et que le problème ne fait qu’empirer pour les Américains. Cela devient pour eux une situation intenable et insoluble. Heureusement qu’ils ont arrêté leurs attaques et cherchent à négocier. S’il fallait qu’ils décident d’ouvrir la machine et de poursuivre leurs attaques, je crois que ce serait le début d’une révolte généralisée à travers l’Irak et nous verrons alors le nombre de morts de jeunes soldats Américains monter en flèche. De plus s’il n’y a pas d’ordre, à cause des factions religieuses, nationales et politiques du pays, il me semble possible qu’une guerre civile soit générée. Les américains ne sauront pas alors quoi faire et devront revenir tôt ou tard bredouilles de l’Irak, même si Bush ne veut pas perdre la face.

Mansour: MĂŞme du temps de la guerre du Vietnam, en aucun moment les forces amĂ©ricaines n’avaient perdu le contrĂ´le d’une seule ville au Vietnam. Et pourtant aujourd’hui, mĂŞme la Maison Blanche reconnaĂ®t qu’elle n’a pas le contrĂ´le d’un grand nombre de villes en Irak. Les combats ne font que s’Ă©tendre Ă  travers le reste du pays. Et mĂŞme Falludhja, qui devait ĂŞtre l’exemple de la puissance amĂ©ricaine n’est toujours pas entre les mains des forces armĂ©es amĂ©ricaines après plus d’une semaine de fortes et vastes interventions militaires, prĂ©vues au dĂ©part comme un exemple de la puissance militaire des USA.

Claude: Il me semble, depuis quelques jours, que ce n’est plus maintenant la stratégie de prendre le contrôle de cette ville. La puissance militaire américaine pourrait en une seule journée envahir et conquérir cette ville, si elle le voulait vraiment. Mais les enjeux pour la remise du pouvoir aux Irakiens le 30 juin et l’influence future américaine dans la région seraient compromis car l’appui du mullah Sistani serait perdu. Ils ne peuvent prendre le risque de froisser ce personnage.

Mansour: Je ne suis certainement pas un expert militaire, mais compte tenu des expĂ©riences du Vietnam et de l’AlgĂ©rie en particulier, je pense que Bush aura besoin d’au moins 500,000 soldats sur le terrain, et un grand nombre de sociologues et de technologues pour avoir une chance de sĂ©parer la grande majoritĂ© des irakiens des combattants baathistes ou chiites dans ce pays. Je doute fort que l’AmĂ©rique soit prĂŞte Ă  engager un nombre aussi important de ses forces militaires tout simplement pour assurer la survie d’un pays qu’elle Ă©tait supposĂ©e avoir libĂ©rĂ©e l’annĂ©e dernière. Cette situation pourrait ĂŞtre le plus grand avantage de la campagne de John Kerry dans les mois Ă  venir. Saura-t-il en bĂ©nĂ©ficier ?

Claude: Même autant de soldats ne viendront pas à bout de la révolte Irakienne à moins que les USA implantent un régime dictatorial à la Saddam pendant des années. Ce qu’ils ne peuvent pas faire évidemment. Rappelles-toi la grande armée de plus de 500,000 hommes qu’ils ont eus au Vietnam, tous les bombardements, les mines, le napalm, etc….. Non, ce n’est pas possible de battre un peuple qui veut se tenir debout. A court terme, peut-être à cause de la force militaire, mais à long terme les coûts diplomatiques et monétaires sont trop grands et la volonté d’un peuple est inébranlable.

Mansour: En passant, je voulais te dire que j’apprĂ©cie tous tes messages que tu me communiques par emails concernant l’analyse très dĂ©taillĂ©e de ce qui se passe en AlgĂ©rie et de ses enjeux, mais aussi ceux sur les informations que tu m’as donnĂ©es concernant la campagne Ă©lectorale aux USA.

Claude: Je crois que comme moi tu es très intéressé par la politique internationale et j’essaie de te communiquer ce qui me semble pertinent et intéressant.

Mansour: Je t’avoue qu’au dĂ©but de la semaine dernière je me demandais si John Kerry n’avait pas complètement perdu tout espoir de gagner les prochaines Ă©lections, compte tenu du fait qu’il n’avait pas dit un seul mot concernant les rĂ©vĂ©lations de la commission du 9/11/2001 et surtout des derniers Ă©vĂ©nements en Irak dont on a parlĂ© prĂ©cĂ©demment.. Mais apparemment ses conseillers politiques Ă©taient bien plus intelligents que moi. En moins d’une semaine John Kerry a gagnĂ© plus de 10 points sur Bush dans les sondages, sans mĂŞme se faire voir, alors que Bush passe son temps Ă  le harceler en permanence sur les ondes avec des messages plus faux que jamais. Si malgrĂ© toutes les distorsions que Bush essaye de faire avaler au public amĂ©ricain sa situation ne s’est pas amĂ©liorĂ©e Ă  ce jour c’est que Bush est vraiment dans de mauvais draps. Et l’Ă©tĂ© sera encore plus chaud politiquement pour lui, surtout après le 30 juin, date Ă  laquelle il avait promis de redonner la souverainetĂ© Ă  l’Irak, avec plus de 130,000 soldats amĂ©ricains toujours sur le terrain.

Claude: A ce jour, la stratégie des organisateurs de Kerry s’avère bonne. Ils propulsent même Ted Kennedy à l’avant de la scène politique alors que les stratèges républicains se réjouissent de voir cela car ils le considèrent le père de tous les libéraux et prédisent que cela nuira considérablement à la campagne de Kerry. J’en doute, car à mon avis Ted Kennedy demeure le politicien qui a le plus de crédibilité au Sénat. Il n’est quand même pas un socialiste. Il est un peu à gauche mais cela n’a rien à voir avec la gauche française. On n’a qu’à voir les ondes que produisent chacun de ses discours et de ses prises de positions pour bien saisir son influence. Il reste à voir si sa prestation sera positive pour Kerry. C’est quand même un risque.

Mansour: Il reste tout de mĂŞme une petite branche de salut pour Bush, je pense. Si Powell rĂ©ussit Ă  convaincre Bush d’accepter la dernière proposition de Chirac d’organiser une confĂ©rence internationale sur la situation en Irak, je pense qu’il pourrait enfin voler les idĂ©es mĂŞmes de Kerry et se prĂ©senter devant le public amĂ©ricain comme un grand rassembleur de toutes les puissances et mĂŞme de quelques pays arabes. Mais il doit tout d’abord se dĂ©barrasser de Wolfowitz, Cheney et surtout son ministre de la dĂ©fense Rumsfeld. Je ne pense pas qu’il en est capable politiquement.

Claude: Je pense que Powell a perdu toute crédibilité. Il a menti au conseil de sécurité, il se range derrière les arguments farfelus de ti-Bush en rapport avec la guerre, et même s’il est toujours minoritaire il ne réagit pas. Non, cet homme n’est pas l’homme que je pensais. Il y a longtemps qu’il aurait dû faire comme O’Neill et Clark. J’ai bien hâte de lire ses mémoires pour voir comment il expliquera son ralliement à un président si petit. Je prédis qu’il révèlera des choses qui nous feront redresser les cheveux sur la tête. Mais cela viendra après le départ de ti-Bush de la Maison Blanche.

Mansour: La popularitĂ© de Bush est tombĂ©e si bas que durant les fameuses discussions politiques le dimanche matin Ă  travers toutes les chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision du pays, mĂŞme les ultra- conservateurs comme George Will de ABC et du Washington Post se sont donnĂ©s Ă  coeur joie de fustiger le manque de leadership de la part de Bush. George Will en particulier a dĂ©noncĂ© vigoureusement les tentatives de l’administration amĂ©ricaine de prĂ©senter toutes les attaques contre les forces amĂ©ricaines en Irak comme des actes de gens dĂ©sespĂ©rĂ©s qui n’ont pas l’appui des populations irakiennes. Quand un George Will demande Ă  un prĂ©sident rĂ©publicain de mettre fin Ă  son aventure en Irak, au risque de laisser les Irakiens s’entretuer, il faut croire que mĂŞme les conservateurs commencent Ă  en avoir mare des bĂŞtises de Bush.

Claude: Je vois que tu suis vraiment tous les aspects de la politique. Mais n’oublies pas que les républicains sont les républicains et qu’ils veulent le pouvoir absolu. Ils travaillent pour cela et ont une stratégie à cet effet depuis longtemps. Ils courtisent les minorités telles, les juifs, les noirs, les latinos et réussissent de plus en plus à infiltrer particulièrement les nouvelles classes de la société américaine qui deviennent de plus en plus importantes et influentes. Au rythme de leur conquête actuel, il me semble qu’il soit possible que le parti républicain prenne ce pouvoir pour longtemps. Heureusement que la guerre de l’Irak est là, car elle seule, actuellement, peut venir affecter leur rêve. Les conservateurs en ont marre des bêtises de ti-Bush car ils comprennent qu’il y a une possibilité pour eux de perdre le pouvoir. Mais je dois t’avertir à nouveau, il n’est pas encore battu. Il a démontré dans le passé qu’il est un gagnant.

Mansour: Ce qui est très encourageant pour Kerry pour le moment c’est que sa victoire ou sa dĂ©faite aux prochaines Ă©lections dĂ©pendront des indĂ©pendants. Et si les derniers sondages se confirment au fil des jours il faut croire que ces indĂ©pendants sont maintenant convaincus que Bush leura toujours menti dans tous les domaines. Plus de 66% des indĂ©pendants pensent que Bush leur a menti au sujet de l’Irak, au sujet de sa rĂ©forme de « medicare » et surtout qu’il Ă©tait toujours en faveur des grandes sociĂ©tĂ©s amĂ©ricaines comme Halliburton etc.. Et je pense qu’il sera très difficile pour Bush de changer cette image que les indĂ©pendants ont de lui dans les mois Ă  venir.

Claude: Tu as raison. Les indépendants font l’élection mais je crains que leur nombre diminue d’année en année. Tout de même, pour la prochaine élection ils feront la différence et il semble, comme tu dis, qu’ils se rangent actuellement majoritairement contre ti-Bush. On verra.

Mansour: Ceci Ă©tant dit, je crois que nous sommes tous d’accord que Bush est vraiment dans une mĂ©lasse qui le paralyse de plus en plus. Il doit rĂ©pondre Ă  tellement d’accusations (tous les mensonges qui ont conduit Ă  la guerre en Irak, mais surtout l’absence de tout programme d’action Ă  court et Ă  moyen terme pour sortir l’AmĂ©rique de ce bourbier de l’Irak). Quand bien mĂŞme Bush arrive Ă  avoir la couverture de l’ONU dans les mois Ă  venir, ses dernières positions dans le conflit arabo-israĂ©lien ne lui donneront aucune chance de convaincre mĂŞme les pays arabes les plus alignĂ©s pour les USA Ă  contribuer Ă  une coalition rĂ©ellement internationale pour stabiliser la situation en Irak et donner une chance quelconque aux Irakiens de trouver une solution pacifique Ă  leurs problèmes politiques.

Claude: Oui, ses positions unilatérales dans le conflit israélo-palestinien lui enlèvent toute chance d’obtenir l’appui d’un pays arabe. Je ne comprends pas pourquoi il agit ainsi. Pardon, disons que je crois comprendre que pour avoir le vote juif aux prochaines élections présidentielles dans NY, la Floride, la Californie ou la Pennsylvanie, il est prêt à tout faire et même aller à l’encontre de toute la politique passée des USA en rapport avec le conflit du Moyen-orient. C’est impensable, mais c’est la seule raison valable que je trouve pour expliquer une décision aussi injuste et incompréhensive. La politique à la ti-Bush est invraisemblable. Et il est fort possible que ce soit le vote juif qui lui donne sa victoire. Déjà, je ne sais pas si tu as remarqué, Koch, l’ex-maire de NY, membre du parti Démocrate depuis toujours, lui donne son appui ouvertement pour la présente campagne électorale. J’ai l’impression qu’il y a en sourdine une vague immense qui se lève pour Bush chez l’électorat juif, un vague qui n’a rien à voir avec l’Irak, ou la qualité de l’administration du gouvernement américain mais qui est générée simplement par les prises de position unilatérales de ti-Bush en faveur d’Israël au détriment des Palestiniens. Si la vague est là, ti-Bush sera réélu car il aura gagné un État-clef au collège électoral.

Mansour: MĂŞme en Irak, Bush avait pendant près d’un an comptĂ© sur l’appui tacite des Chiites pour s’imposer au reste des Irakiens, mais avec ce qui se passe maintenant entre l’ayatollah Beni Sadr et les amĂ©ricains et surtout la dernière prise de position de l’ayatollah el Sistani, qui a dĂ©jĂ  croisĂ© le fer avec Bush et a forcĂ© ce dernier Ă  accepter la rĂ©introduction de l’ONU dans ce conflit, vient de mettre en garde les USA contre toute utilisation de force pour dĂ©sarmer les milices chiites de Beni Sadr.

Claude: Quand on pense à toutes les affirmations que nous avons entendues depuis quelques semaines de ti-Bush, de ses généraux, ou de Cheney à l’effet que Sadr est l’ennemi, qu’ils veulent le tuer, et que le rôle des Nations Unies n’est pas essentiel, voilà que la tournure des évènements nous montre comment quelques morts de soldats américains et la menace de Chiites viennent à bout du président à la tête de linotte. Depuis hier, je n’entends que les mots ONU aux postes de télé américaines. Voilà tout à coup les lettres miracles, la solution à tous leurs maux, la porte de sortie. Bush et Blair emboîtent aussi, soudainement, le pas dans cette direction. Quelle bande de bouffons ! Ils s’imaginent que l’on ne voit rien, que nous sommes insensibles et que nous oublions le passé aussi vite qu’une nouvelle politique est établie. Ils le paieront cher.

Mansour: Il ne nous reste qu’Ă  attendre et observer le dĂ©roulement de la faillite de la politique amĂ©ricaine Ă  travers tout le Moyen-orient. Je me demande mĂŞme si l’Ă©lection d’un John Kerry pourrait donner une chance quelconque aux AmĂ©ricains de retrouver un semblant de coopĂ©ration avec les Ă©tats arabes du Moyen-orient.

Claude: Oui je le crois. Car je pense que Kerry ne partage pas la décision de ti-Bush en rapport avec le conflit palestinien. Il a appuyé la proposition du bout des lèvres pour ne pas faire de vague et incommoder le vote juif qui normalement est acquis à son parti. C’est ça aussi la politique électorale. Mais la corde est raide et ce n’est pas facile pour lui de jouer les funambules. Cependant, j’ai la conviction que dès sa victoire, il reviendra aux Nations Unies et, proposera la prise en main par le Conseil de Sécurité de ces conflits qui perdurent et nuisent à la bonne réputation de son pays. Il comprend que les USA ont une place dans le monde mais pas toute la place. C’est un grand pays qui est diminué jour par jour par un président insignifiant. Un petit esprit.

A très bientot.