au 24 janvier 2004


Ce dialogue commente le primaire d’Iowa gagné par Kerry, les prévisions de celle du New Hampshire qui approche, de l’influence des médias et du discours à la nation du président Bush.

Au 24 janvier 2004

Claude: En ce lendemain des caucus de l’Iowa, je veux pour te donner ma première réaction de cette élection primaire en vue du choix du candidat démocrate contre ti-Bush. Je suis heureux que Kerry soit rentré premier. Avec la belle campagne qu’il a menée et sa prestation imposante lors des débats, il me semblait le meilleur et personnellement j’aurais voté pour lui, nonobstant le fait que j’ai appuyé Dean depuis le début de sa candidature. Il me semble que Kerry a l’étoffe d’un président, d’un JFK. Son seul problème est son image. Contrairement à JFK, il en n’a pas beaucoup et en politique je crois que malheureusement cela est fort important en période électorale. Kerry est fort, raisonné, sensible, intelligent, politicien, éloquent, logique, et agréable. Ce sont ces facteurs qui ont motivé les démocrates de l’Iowa de le propulser, en une semaine, à la tête du peloton des candidats démocrates aux primaires. Il me semble qu’il est bien placé pour gagner celle du New Hampshire, la semaine prochaine. Par après, ce sont les États du sud et là je ne suis pas certain s’il pourra faire aussi bien car il est originaire de la Nouvelle-Angleterre. Si finalement, il est capable de gagner une majorité de démocrates à sa candidature, sera-t-il capable de gagner l’élection? Étant donné qu’un très grand nombre d’électeurs américains ne s’intéresse à la politique qu’au moment des derniers jours d’une campagne, qu’ils votent sur une impression qu’ils ont des candidats, que Kerry reflète une première image de «je ne l’aime pas», donc pas très bonne, sera-t-il capable d’amener à lui la majorité nécessaire pour gagner ? J’en doute car j’ai appris, dans ma carrière d’organisateur politique, que la politique est un commerce d’images et d’illusions. Je serai surpris que cela change avec l’élection qui s’annonce.

Quant à Dean, je dois admettre qu’il m’a grandement désappointé. Son discours hier soir, suite aux résultats, fut moche et tenait plus d’un cri de ralliement de «cheerleader» que d’un discours d’un homme politique aspirant être le chef du pays le plus puissant sur la planète. Cela manquait manifestement de sérieux. Je ne comprends pas sa réaction. Lui qui avait mené, à ce jour, une campagne impeccable et extraordinaire, qui avait de loin la meilleure organisation,qui avait réussi a ramassé le plus d’argent (plus de 40$ millions), qui menait il y a une semaine dans les sondages, voilà que dans un discours retransmis sur toutes les chaînes de télévision nationales, et à la meilleure heure d’écoute, il s’autodétruit. Pourquoi? Il devra se ressaisir s’il veut gagner le New Hampshire où il mène actuellement. S’il réussi, et cela me surprendrait, il fera probablement oublier sa pelure de banane d’hier soir. Je suis très désappointé de la tournure des évènements. Il reste le général Clark et John Edwards qui a surpris tout le monde hier en rentrant un fort deuxième. On verra ce que le NH fera d’eux. Cette course devient de plus en plus engageante et intéressante. Comme toujours, la politique américaine demeure captivante et surprenante. Que penses-tu de la journée d’hier ?

Mansour: Je suis d’accord avec ton évaluation des résultats du caucus de l’Iowa. On dit souvent que l’habit ne fait pas le moine, mais en politique c’est exactement le contraire. Avec l’avènement de la télé, en particulier, le « packaging » du candidat est plus important que le message, surtout dans les démocraties où le pourcentage de participation aux élections ne fait que diminuer au fur et à mesure des années. Mais pour ce concerne John Kerry en particulier, il ne fait pas de doute qu’il a tout de même participé activement à la vie politique de ce pays depuis le début des années 70. Et si les «mass medias» américains pouvaient un jour présenter les candidats d’une manière équilibrée et surtout ne pas les entacher par des opinions «à priori» déjà formées avant même d’avoir écouté les candidats. Pour quelques jours John Kerry sera la coqueluche de la presse américaine «the come back kid!!!! à la Clinton. Mais je demande combien de temps il profitera de ce » électoral bump ». Tout d’abord les «mass medias» américains feront tout pour prolonger au maximum les élections primaires. Pour le moment, c’est un véritable filon d’or pour eu, surtout pour l’audio visuel. Plus il y a d’attention du public américain à suivre ces élections, plus les compagnies de télévisions attireront de promoteurs commerciaux. Que feront les MSNBC, FOX, CNN, ABC, CBS et toutes leurs filiales locales, si du jour au lendemain les «political talk shows» retournent aux histoires du chien écrasé dans la rue ou d’un tueur en série ? A mon avis, même si Kerry arrive à gagner les primaires du New Hampshire et consolide sa position en tant que chef de file parmi les candidats démocrates, les «mass medias» lanceront immédiatement un campagne pour tout d’abord minimiser ses victoires dans l’Iowa et le New Hampshire et feront tout ce qui est possible pour faire remonter un autre candidat, tel que, par exemple, John Edward ou même Lieberman qui pourtant n’est qu’à 6 % dans les sondages du New Hampshire pour le moment. Déjà, moins de 48 heures après l’Iowa la presse américaine fait tout pour créer une controverse entre John Kerry et Wesley Clark. Et Clark a commis des bavures politiques qui risquent de lui coûter politiquement, alors qu’il était en deuxième position avant le caucus de l’Iowa. Maintenant il se retrouve déjà en troisième position avec John Edwards qui se rapproche de lui. Très souvent, j’ai vraiment l’impression de regarder un film à la nouvelle vogue à la télé » real tv ». Il ne fait pas de doute que tous les candidats démocrates font de leur mieux pour présenter leurs positions sur différents sujets importants à l’avenir de cette société, mais la presse américaine se concentre sur les apparences comme tu le dis si bien.

Claude: Il y a beaucoup de vrai dans ce que tu dis. C’est du moins, ce que toi et moi percevons. La cote d’écoute est importante et pour la maintenir les médias jouent avec les candidats comme un gamin avec un yoyo. Le capitaliste a de drôles de réactions parfois. Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des médias. Dean s’est fourvoyé lui-même. Kerry s’est élevé aussi par sa propre force. Le problème de la presse américaine c’est qu’elle coupe court sur les sujets en discussion pour ne relater que les points les plus spectaculaires ou les plus contestés. En somme, on peut dire que les Américains sont mal généralement mal informés sur les politiques d’une campagne électorale.

Mansour: Je ne sais pas si tu as vu le discours de Bush sur l’état de la nation hier. Si les démocrates n’arrivent pas à se débarrasser d’un tel phénomène c’est qu’il faut croire que l’Amérique n’a plus qu’un seul parti: les républicains. Malgré une année d’occupation de l’Irak par les USA, à ce jour personne n’a pas trouvé une seule trace d’armes de destruction massive, Bush continue à nous dire que l’invasion de l’Irak était justifiée parce que Saddam Hussein était sur le point de nous menacer avec ces armes fictives. Il continue à lier l’Irak de Saddam Hussein à el Quaïda alors que même ses propres services reconnaissent qu’il n’y a pas de preuves que Saddam était lié à el Quaïda. Mais ce qui m’a vraiment irrité a été sa présentation de la situation économique et sociale du pays. Voila un président qui durant 3 années a fait perdre plus de 3 millions de postes de travail. En novembre, plus de 350,000 chômeurs ont perdu tout espoir de trouver du travail et se sont retirés tout simplement de la force de travail aux USA. Mais tout va très bien madame la marquise, comme disait Diderot, je crois. Le budget fédéral qu’il nous propose pour 2004 créera un déficit de près de 500 milliards de dollars (chiffre record dans l’histoire des usa). Il nous propose une réforme du secteur sanitaire qui coûtera plus de 450 milliards de dollars et qui ouvre la porte à la privatisation totale de ce secteur. Le programme d’assurance médicale publique (Medicare) protégeant les vieux en particulier risque de disparaître. Mais Bush nous assure que tout le monde sera en meilleure position de se faire soigner. Tu te souviens de son fameux programme » no child left behind ». Figures-toi qu’il va réduire le budget de ce programme par plus de 300 millions de dollars. Mais la chose qui m’a complètement sidéré c’est que dans son message à la nation, il nous appelle à soutenir nos braves soldats qui sont en train de mourir pour nous protéger des terroristes internationaux en Irak ou en Afghanistan et pourtant son budget pour 2004 réduit l’enveloppe pour l’assistance médicale aux vétérans de ce pays par 300 millions de dollars. Tout en demandant à toutes les populations pauvres de son pays de serrer la ceinture un peu plus, il demande au congrès de reconduire sa loi sur la réduction des impositions fiscales qui bénéficient en grande majorité les plus riches de ce pays. Ce discours me rappelle un beau poème écrit par un étudiant algérien en 1956 dans lequel il disait: » engagez vous, réengagez vous pour que vive la France et meurt l’Algérie ». Il faisait allusion à tous les pauvres Algériens qui avaient défendu la France contre l’Allemagne entre 1939 et 1945, pour se retrouver massacrés dans les villes de Setif, Bourdj Bouararidj et à travers tout le constantinois, figures-toi bien le 8 mai 1945 quelques jours après la fin de la deuxième guerre mondiale. Et tout ce que demandaient les Algériens, ces jours là, c’était de faire appliquer les promesses de Roosevelt de 1942, je crois à Casablanca au Maroc, quant il avait promis le droit à l’autodétermination à tous les peuples du monde. Comme tu vois, je prends une tangente à chaque fois que j’en ai l’occasion. Mais je trouve que ce poème traduit très bien la politique de l’actuel occupant de la Maison Blanche. Ce qui me rend vraiment triste, c’est que malgré untel dossier contre Bush, les démocrates n’arrivent pas à présenter une stratégie cohérente capable de mettre le roi nu devant le public Américain.

Claude: Oui, j’ai écouté son discours à la nation. Comme toi, je trouve que ti-Bush n’est pas à la hauteur de la situation. Il dit n’importe quoi pour justifier sa décision d’être aller en guerre en Irak. Un jour prochain, quand ce sera très clair qu’il n’y a d’armes à destruction massive dans ce pays, il niera avoir dit cela et justifiera sa guerre avec une autre raison. C’est un grand patineur de fantaisie qui virevolte pour reprendre une autre direction sans tomber. Ses prévisions budgétaires sont impensables. En tant que Canadien, je suis abasourdi. Je ne suis pas habitué à voir mon gouvernement dépenser sans compter et surtout créer un déficit incroyable et augmenter la dette à un niveau dangereux. Les Canadiens devant un tel budget réagirait vite et le gouvernement serait renversé dès la prochaine élection. Il est très surprenant qu’un républicain ose faire cela mais ce qui est plus surprenant, c’est que le parti républicain ne rechigne pas devant autant d’audace. C’est le parti qui a toujours préconisé le contraire de ce que Bush fait. Avec son air d’incompétent, il réussi quand même à contrôler son parti. Je me dois de reconnaître qu’il me surprend de ce côté là. Ti-Bush est fort. Très fort.

A bientôt comme toujours.