le 7 juillet 2006


Cette conversation porte sur le rĂ©gime Bouteflika, de la pauvretĂ© en AlgĂ©rie, du semblant de dĂ©mocratie au Maroc, en Tunisie et en Égypte, de l’entrĂ©e de l’armĂ©e canadienne en Afghanistan.

Le 7 juillet 2006

Cher ami,

Mansour: Je viens juste de lire ton blog sur la situation politique en AlgĂ©rie. J’ai beaucoup de remarques Ă  te faire Ă  ce sujet. Il est vrai qu’il y a souvent des rĂ©voltes instantanĂ©es isolĂ©es Ă  travers tout le territoire national algĂ©rien. Mais je te signale que ces rĂ©voltes ne sont ni organisĂ©es ou mĂŞme supportĂ©es par des mouvements de masses importants. Mieux encore ces rĂ©voltes ne gĂŞnent pas du tout le rĂ©gime actuel en Algerie car ce dernier sait très bien que chaque fois qu’une rĂ©volte se produit elle n’a que des origines matĂ©rielles comme, par exemple, la distribution des logements nouvellement construits ou la rĂ©action brutale d’une population locale Ă  une action policière jugĂ©e fasciste. Mais Ă  mon avis tant que le prix du pĂ©trole est autour de 60-70 dollars le baril, Bouteflika n’a vraiment rien Ă  craindre de ces soubresauts locaux. J’ai passĂ© plus d’un mois Ă  Alger et en Kabylie en mars et avril passĂ©s. Et je t’assure que je n’ai pas trouvĂ© mĂŞme un semblant de rĂ©volte collective contre Bouteflika. Après tout mĂŞme si plus de 60% des nouveaux diplĂ´mĂ©s de l`UniversitĂ© ne trouvent pas de travail le simple fait qu’ils appartiennent toujours Ă  une famille Ă©largie ne les poussent pas vraiment a se rĂ©volter contre cet Ă©tat de fait. Il y a un système de filet social organisĂ© autour de la famille Ă©largie qui en fait protĂ©ge le rĂ©gime actuel. Statistiquement parlant il y a probablement un grand pourcentage de la population qui doit ĂŞtre classĂ© comme vivant en dessous du seuil de la pauvretĂ© mais la rĂ©alitĂ© est tout autre Ă  cause de ce filet de protection sociale familiale. Je n’ai pas vu par exemple un seul enfant aller Ă  l’Ă©cole trop mal habillĂ©. Il n’y avait pas un seul enfant qui n’avait pas des chaussures. Je me souviens que pendant une grande partie de ma jeunesse j’allais Ă  l’Ă©cole les pieds nus Ă  tel point que j’ai Ă©tĂ© renvoyĂ© de l’Ă©cole primaire ou la grande majoritĂ© des Ă©lèves Ă©taient français pour me placer dans une Ă©cole indigène ou la majoritĂ© des Ă©lèves Ă©taient aussi pauvres que moi.

Claude: C’est en lisant des journaux français que j’ai découvert les statistiques de pauvreté en Algérie. Tu sembles d’ailleurs les confirmer mais tu dis que les pauvres ne se plaignent pas car ils sont protégés par le filet social et familial qui existe et qui semble universel en Algérie. Cela ne change rien au fait qu’ils sont pauvres, qu’ils n’ont pas les opportunités pour s’en sortir et que les jeunes diplômés universitaires qui ne trouvent pas de travail peuvent se décourager. C’est du talent perdu et aucun pays n’a les moyens de perdre les talents de sa jeunesse, même les plus riches. Et un gouvernement qui ne réagit pas devant de telles statistiques en se réconfortant sur le filet social n’est pas à la hauteur et joue avec le feu. Tôt ou tard, la révolte des jeunes s’ajoutera aux révoltes instantanées, qui en passant sont très nombreuses, et l’ensemble s’exprimera par une contestation organisée contre le système. J’espère que cela arrive le plus tôt possible car je crains que les jeunes Algériens fassent comme leurs parents et manquent le bateau.

Mansour: Je ne suis pas non plus d’accord avec toi quand tu affirmes que l’Algerie avait optĂ© pour le pluripartisme dans les annĂ©es 90. Après les fameux Ă©vènements d’octobre 1988 le FLN et Chadli Ă  sa tĂŞte savaient qu’il avait une crise politique sĂ©rieuse Ă  gĂ©rer. Ils l’ont gĂ©rĂ© en prĂ©tendant instaurer le pluripartisme politique en Algerie et prĂ©tendre que la dĂ©mocratie allait prendre racine dans mon pays. Mais en fait tous les partis politiques qui ont vu le jour avaient Ă©tĂ© crĂ©es et gĂ©rĂ©s clandestinement bien entendu par les services de sĂ©curitĂ© du pays. A mon avis depuis 1962 et mĂŞme avant l’indĂ©pendance politique de l’Algerie, ce pays a toujours Ă©tĂ© et reste gĂ©rĂ© d’une main forte par les services de sĂ©curitĂ© en gĂ©nĂ©ral et la fameuse SĂ©curitĂ© Militaire (SM) en particulier. Ce sont les mĂŞme services de sĂ©curitĂ© algĂ©riens qui ont oblige Chadli Ă  dĂ©missionner, Ă  ramener le pauvre Boudiaf au Maroc pour l’assassiner quelques mois plus tard. C’est toujours les mĂŞmes services qui ont choisi le remplaçant de Boudiaf pour l’obliger Ă  dĂ©missionner quelques annĂ©es après. Et enfin c’est les services de sĂ©curitĂ© qui ont ramenĂ© Bouteflika, qui entre parenthèses Ă©tait dĂ©jĂ  condamne par la cour des comptes en Algerie pour avoir dĂ©tournĂ© des millions de dollars (600 millions approximativement) du budget du ministère des affaires Ă©trangères pendant toute la pĂ©riode de boumediĂ©nisme. Ne me parle surtout pas de la dĂ©mocratie en AlgĂ©rie, elle n’a jamais existĂ©, tout comme c’est le cas Ă  travers tout le monde arabe en fait.

Claude: Je crois que tu m’as mal lu. Voici ce que j’ai écrit sur la question du multipartisme: «Finalement, après les troubles de 1980 à 1988, le multipartisme fut instauré et un nouvel espoir de bon gouvernement surgit. Mais les partis politiques qui ont vu le jour ont été créés et ont été influencés clandestinement par les services de sécurité du pays. La démocratie n’a donc jamais vraiment existé.». Nous disons la même chose.

Mansour: Est-ce que tu penses qu’il y a vraiment une dĂ©mocratie au Maroc, par exemple, ou en Tunisie ou mĂŞme en Égypte. Le seul pays arabe qui se rapproche un peu d’un système dĂ©mocratique c’est peut ĂŞtre la Jordanie. Mais mĂŞme dans ce cas il ne faut pas oublier que tous les vrais pouvoirs politiques sont en fait entre les mains du roi de Jordanie. Oui, l’AlgĂ©rie a très mal, comme tu le dis, mais malheureusement je n’ai pas l’impression que le peuple algĂ©rien est prĂŞt Ă  prendre son destin en main. Ce qui m’intrigue le plus c’est que malgrĂ© que l’Algerie n’ait jamais Ă©tĂ© aussi Ă©duquĂ©e en français qu’aujourd’hui, et pourtant durant les annĂ©es 50-60 alors que la très grande majoritĂ© des algĂ©riens Ă©taient illettrĂ©s en toutes les langues, il y avait tout de mĂŞme des mouvements politiques aussi bien socialistes que libĂ©raux et mĂŞme islamistes qui utilisaient un peu leurs cervelles. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Les soi-disant mouvements politiques algĂ©riens sont ou bien manipulĂ©s par les services de sĂ©curitĂ© ou pire encore par les services secrets Ă©trangers en particulier français. Si 90% du territoire algĂ©rien est aujourd’hui couvert par le dĂ©sert et bien plus de 95% du peuple algĂ©rien est complètement apolitique pour une raison ou autre.

Claude: Tu sais bien que j’ai toujours pensé que la démocratie n’existe pas dans les pays arabes. Que ceux qui prétendent la vivre sont en fait diriger par des gouvernements fantoches qui contrôlent les élections et qui sont à la solde de pays étrangers. Souvent des USA. Il n’y a pas de liberté comme dans une vraie démocratie.

Mansour: Je crois que les rĂ©ponses que tu as dĂ©jĂ  reçues concernant ton blog sur l’Algerie confirment un peu ce que je t’ai dit hier dans mon message. L’Algerie n’est pas facile Ă  comprendre de l’extĂ©rieur. On parle de la presse libre en Algerie, mais ou se trouve le directeur gĂ©nĂ©ral de libertĂ©. J’ai connu pas mal de journalistes que j’ai rencontre dernièrement encore en Algerie. Ils Ă©taient Ă  l’unanimitĂ© pour reconnaĂ®tre que la presse algĂ©rienne est encore moins libre aujourd’hui qu’elle ne l’Ă©tait durant la pĂ©riode de Boumediene. Pas un seul article ne peut ĂŞtre publiĂ© aujourd’hui sans le sceau de la censure politique du ministre de l’intĂ©rieur et du ministre de la culture. Ne parlons pas de tĂ©lĂ©vision ou de la radio qui sont Ă  ce jour des porte-paroles du rĂ©gime. Pour remettre les rĂ©actions des algĂ©riens Ă  ton blog dans un contexte que tu connais très bien, il me suffit de t’informer que les algĂ©riens en gĂ©nĂ©ral rĂ©agissent tout comme les Irlandais Catholiques du nord. Ils sont prĂŞts Ă  attaquer le rĂ©gime politique qui les suffoquent mais ils ne permettront jamais Ă  un Ă©tranger de dĂ©noncer le rĂ©gime algĂ©rien mĂŞme si il est vomis a l’intĂ©rieur. Visiblement les rĂ©ponses Ă  ton blog sont beaucoup plus une rĂ©action Ă©pidermique contre l’ingĂ©rence Ă©trangère que la description rĂ©elle de la situation interne en Algerie. Il n’y a jamais eu de dĂ©mocratie en Algerie et malheureusement il n’y en aura pas pendant des dĂ©cennies Ă  venir. Il faut croire que le pauvre peuple algĂ©rien est maudit par les dieux d’une manière ou d’une autre. Le monde entier change autour de nous mais nous les AlgĂ©riens refusons a voire les rĂ©alitĂ©s en face et surtout nous organiser pour enfin prendre nos problèmes socio-Ă©conomiques et politiques en charge. Je suis tellement pessimiste concernant l’avenir de l’Algerie que je pense qu’elle a pour le moment tous les comportements qu’un Ă©crivain algĂ©rien (dont je n’arrive Ă  retrouver le nom Ă  l’instant mĂŞme) avait dĂ©crit pour dĂ©finir la condition prĂ©alable et universelleĂ  la colonisation d’une sociĂ©tĂ©.

Claude: Je suis toujours heureux de recevoir des commentaires à mes blogs. Je respecte les opinions de chacun de mes lecteurs et lorsque je suis en désaccord je m’empresse d’écrire au lecteur pour y faire part de mon opinion. Je ne suis pas surpris que les jeunes algériens considèrent que les choses vont mieux en Algérie. Ils ne voient dans l’attitude de Bouteflika qu’une ouverture sur la liberté et semble oublier qu’ils n’ont aucune voix au chapitre. Je crains qu’un jour, ils soient très désappointés. Tu connais bien l’Algérie car tu as vécu ses débuts d’indépendance et que tu as des frères qui ont été parmi les chefs révolutionnaires. De plus, ton travail au ministère du Plan t’a permis de comprendre que les dirigeants algériens n’écoutent pas et ne font en réalité que ce que le chef ou le groupe qui contrôle le chef veut. Avec le développement rapide de la mondialisation, il me semble que les années qui viennent seront encore plus difficiles pour les Algériens que les années passées car l’Algérie, nonobstant le fait qu’elle a les pétrodollars, est en train de manquer le bateau.

Mansour: Il n’y a pas de faussetĂ© quand il s’agit de dĂ©crire une situation politique d’un pays. Tout ce que tu as essayĂ© de prĂ©senter est ton point de vue comme tu observes ce pays qui après tout ressemble un peu Ă  la province du QuĂ©bec. Mes commentaires par exemple ne sont pas la vĂ©ritĂ© absolue de ce qui se passe en Algerie. Je ne dĂ©tiens pas la pierre philosophale comme on dit. Tout ce que je dis c’est tout simplement mon apprĂ©ciation personnelle de la situation comme je la vois et rien d’autre. Le seul avantage que j’ai sur toi c’est que je suis après tout AlgĂ©rien et j’ai vĂ©cu toute la lutte de libĂ©ration de ce pays et une grande partie de sa vie politique Ă  ce jour. J’ai aussi l’avantage de rencontrer des AlgĂ©riens dans la rue en Algerie mĂŞme tous les 6 mois. Mais prĂ©tendre que mes analyses sont plus logiques ou plus indĂ©pendantes que les tiennes serait le plus grand sacrilège de tout homme qui essaye de comprendre les sociĂ©tĂ©s sans pour autant croire ĂŞtre leur porte parole. A mon avis, ton assertion que l’Algerie avait dĂ©cidĂ© d’introduire un peu plus de dĂ©mocratie dans sa vie politique dans les annĂ©es 90 n’est fondĂ©e sur rien de sĂ©rieux comme je te l’ai expliquĂ© prĂ©cĂ©demment, nonobstant les rĂ©ponses quetu as reçues Ă  ton blog dĂ©jĂ . Comme tu lesais très bien la dĂ©mocratie ne s’offre jamais sur un plateau comme un gâteau. La dĂ©mocratie politique est un Ă©difice difficile Ă  construire Ă  partir de ses fondations. Et ce sont ces fondations que je ne vois pas encore en AlgĂ©rie.

Claude: J’ai beaucoup de respect pour ton expérience et ton opinion. Nos longues discussions depuis tant d’années m’ont fait comprendre que tu es un passionné de l’Algérie et de la politique dans le monde. Je ne partage pas toujours ton opinion, comme tu le sais bien, mais je suis toujours heureux de pouvoir te donner la mienne car je sais que tu n’hésiteras pas à me répondre si tu n’es pas en accord. Du choc des idées jaillit la lumière, et je crois que c’est bien ce qui se passe entre toi et moi. J’ai beaucoup appris avec toi sur l’histoire contemporaine de ton pays et cela m’a permis de mieux le comprendre et de l’apprécier. Tu admets, comme moi, que Chadli a dit vouloir implanter le multipartisme et tu dis que mon assertion n’est pas sérieuse. Il y eut alors plusieurs partis de créer dont plusieurs furent proposés par des ennemis du parti au pouvoir comme Ait Ahmed, Amira, Mahsa, Nahnah, Louisa Hanoune, sans oublier Ben Bella et Saïd Saadi. Tu affirmes, et je le crois, que ces partis et ces hommes furent finalement manipulés par la Sécurité Militaire. Mais que dis-tu face au FIS, le parti islamiste fondamentaliste qui est venu près de prendre le pouvoir en 1991 et qui s’est vu disqualifié par l’armée. Ce parti était libre, n’a pas été manipulé, disait ce qu’il pensait et avait réussi à entraîner un grand nombre d’Algériens qui ont votés pour lui. Alors pourquoi prétends-tu qu’il n’y avait pas de multipartisme ? Le FIS ne vient-il pas contredire ton argumentation ?

Mansour: Commençons tout d’abord par Ait Ahmed. Il ne fait pas de doute que cet individu a Ă©tĂ© un homme politique bien avant le dĂ©clenchement de la guerre de libĂ©ration. Mais ce que les nouvelles gĂ©nĂ©rations d’AlgĂ©riens ne savent pas c’est que ce mĂŞme individu qui a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© par les reprĂ©sentants des militants MTLD de la grande Kabylie pour nĂ©gocier la reprĂ©sentativitĂ© des Kabyles au sein de ce mouvement national algĂ©rien a prĂ©fĂ©rĂ© accepter un poste de membre du bureau politique du MTLD et abandonner les revendications des Kabyles qui Ă  l’Ă©poque reprĂ©sentaient plus de 50% des militants membres de ce mouvement et n’avaient aucune reprĂ©sentation au niveau du leadership du MTLD. Mieux encore après la guerre de libĂ©ration, j’ai eu l’occasion de le rencontrer Ă Tizi Ouzou juste après qu’il rentre en AlgĂ©rie et au moment oĂą la course au pouvoir avait dĂ©jĂ  tournĂ© Ă  une vĂ©ritable guerre civile. Et, devant plus d’une dizaine d’amis de Tizi Ouzou, je l’avais dĂ©jĂ  averti, que si jamais il utilisait la Kabylie pour monter une campagne d’opposition armĂ©e contre les forces de Ben Bella et de Boumediene, l’histoire ne lui pardonnerait jamais. Je lui avais mĂŞme rappelĂ© ses trahisons passĂ©es de la cause des Kabyles qu’il avait bien entendu niĂ©es. Mais, moins d’un an plus tard, il a convaincu la willaya 3 (rĂ©gion militaire Kabyle durant la guerre de libĂ©ration) Ă  se soulever contre le pouvoir de Ben Bella. Cette guerre civile a coĂ»tĂ© des milliers de morts inutiles du cĂ´tĂ© des Kabyles. Plus grave encore, les Kabyles ont Ă©tĂ© depuis cette pĂ©riode marginalisĂ©s tout comme les Sunnis irakiens le sont aujourd’hui. Il ne fait pas de doute qu’Ait Ahmed a toujours Ă©tĂ© contre le rĂ©gime FLN depuis l’indĂ©pendance mais il est loin d’ĂŞtre dĂ©mocratique. Il suffit de voir comment son parti le FFS a Ă©tĂ© gĂ©rĂ© Ă  ce jour. MĂŞme Mussolini ou Hitler n’avaient autant de pouvoir sur leurs partis qu’Ait Ahmed a eu avec son propre parti. Tous les soi-disant responsables nationaux de ce parti sont dĂ©signĂ©s personnellement par Ait Ahmed. Et ils sont limogĂ©s de mĂŞme manière non dĂ©mocratique. Un jour un leader est prĂ©sentĂ© comme le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du FFS. Le lendemain on apprend qu’il a Ă©tĂ© remplace par Ait Ahmed sans qu’il y ait eu mĂŞme un semblant de procĂ©dure dĂ©mocratique. Enfin concernant cet individu je te signale qu’il n’a jamais accepte de retourner en Algerie pour au moins donner a son parti une image. Il a toujours prĂ©fĂ©rĂ© vivre dans les villas suisses. Mieux encore pour un homme politique qui se dit intègre, il a tout de mĂŞme acceptĂ© de la part de Bouteflika une villa d’hĂ´tes sur les hauteurs d’Alger qui est considĂ©rĂ©e comme un musĂ©e. Ait Ahmed a choisi de mettre cette villa au nom de son frère qui l’a vendu pour des millions de dollars apparemment. Alors s’il te plait ne me parles jamais plus de ce triste individu. L’autre individu qui mĂ©rite des commentaires de ma part est un autre Kabyle Ă  savoir SaĂŻd Saadi. Il ne fait pas de doute que durant les annĂ©es 80 il avait jouĂ© un rĂ´le important dans l’organisation de la rĂ©sistance kabyle pour dĂ©fendre son patrimoine culturel. Mais je te garantis qu’il a Ă©tĂ© vite rĂ©cupĂ©rĂ© par la SM pour d’un cĂ´tĂ© contrecarrer l’opposition du FFS au rĂ©gime FLN, et pour faire plaisir Ă  l’opinion internationale qui s’intĂ©ressait Ă  l’Algerie. Tout comme Ait Ahmed, SaĂŻd Saadi a gĂ©rĂ© son parti politique Ă  la manière des meilleurs fascistes des annĂ©es 30. En fait, il n’y a pas un seul parti soi-disant politique algĂ©rien qui joue le jeu de la dĂ©mocratie mĂŞme dans son comportement vis-Ă -vis de ses militants. Franchement, si j’Ă©tais un politologue je ferais une Ă©tude intĂ©ressante de la vie des partis politiques en Algerie et du rĂ´le de la SM dans ce mĂŞme pays. Je n’ai pas grand chose Ă  te dire en ce qui concerne les autres noms que tu as citĂ© dans ton dernier message en dehors du fait qu’ils sont tous ou bien au service direct des services de sĂ©curitĂ© algĂ©riens comme le fameux prĂ©sident du Hamas ou de Louisa Hanoune ou au service des forces rĂ©trogrades arabes (Arabie saoudite, Émirats arabes) comme Ben Bella. A propos j’ai lu ton rĂ©cent blog concernant Bouteflika et Mobotu. Je prĂ©sume que tu es d’accord avec toutce que je t’ai toujours dit de cet individu.

Claude: Encore une belle leçon sur les hommes politiques algériens. Merci. Mais je remarque que tu ne parles pas du FIS comme parti politique indépendant qui a fait son chemin et n’a été renversé qu’après avoir reçu un grand nombre de votes. Ce fut un rare moment démocratique en Algérie qu’à contrecarré la SM.

Mansour: J’aimerais te dire un mot sur l’Afghanistan. Si je me souviens bien je te disais que le prĂ©sident KarzaĂŻ Ă©tait un homme de paille construit de toutes pièces par les Anglais et les AmĂ©ricains. Apparemment je ne pas suis le seul Ă  le penser puisque nous apprenons maintenant que mĂŞmes les allies des USA commencent Ă  perdre patience avec cet individu accusĂ© de manquer de leadership et plus grave encore de corruption illimitĂ©e. Il n’est donc pas Ă©tonnant de voir aujourd’hui les Talibans reprendre le dessus Ă  travers l’Afghanistan. Bien entendu on nous fait croire tous les jours que les Talibans sont pourchassĂ©s Ă  travers ce pays. Mais le fait mĂŞme que les forces amĂ©ricaines, canadiennes et anglaises montent des opĂ©rations aussi importantes que celles qui ont chassĂ© les Talibans du pouvoir me prouvent que la situation sĂ©curitaire dans ce pays est plus grave aujourd’hui qu’elle ne l’Ă©tait mĂŞme il ya un an. Voila plus de 5 ans que les Talibans Ă©taient supposes ĂŞtre chassĂ© par les forces amĂ©ricaines du pouvoir et que le peuple afghan Ă©tait soulage de s’ĂŞtre dĂ©barrassĂ© d’un rĂ©gime aussi odieux que celui de Moulay Omar. Et nous voila aujourd’hui dans une situation aussi grave que celle dans laquelle les AmĂ©ricains et leurs alliĂ©s se trouvent en Irak. A mon avis, le Canada mal choisi le moment pour remplacer les amĂ©ricains en Afghanistan. Il sera obligĂ© tout d’abord de rĂ©tablir un peu de stabilitĂ© dans ce pays et ensuite obligĂ© l’homme de paille des USA a abandonner sa politique de corruption pour enfin peut ĂŞtre donner un peu d’espoir au peuple afghan. Mais l’AmĂ©rique de Bush ne donnera certainement pas la libertĂ© nĂ©cessaire au Canada pour nettoyer la corruption qui Ă©touffe ce pauvre pays.

Claude: J’ai l’impression que les alliĂ©s s’attaquent Ă  Hamid KarzaĂŻ, prĂ©sident de l’Afghanistan, parce que celui-ci vient de demander aux forces armĂ©es amĂ©ricaines et Ă  celles de la coalition, qui font la guerre dans son pays, de changer de tactique. Il dĂ©plore que celle qui est suivie depuis un mois ne porte pas de fruit. Au contraire, la rĂ©action se traduit par un nombre croissant d’attentats de la part des Talibans. KarzaĂŻ a raison. Je ne comprends pas pourquoi tu t’attaques Ă  lui. Tu parles de corruption. Quelle preuve as-tu? Si les Talibans prennent le dessus, est-ce la faute de KarzaĂŻ quand on sait qu’il ne contrĂ´le qu’une partie du pays. OĂą est l’armĂ©e amĂ©ricaine et celle de la coalition ? Premièrement, elle n’est pas suffisamment nombreuse pour faire face Ă  la situation qui se dĂ©veloppe. Deuxièmement, les Talibans empruntent les stratĂ©gies des terroristes et cela n’augure rien de bon pour l’avenir. Le Canada en Afghanistan copie les USA. Nos soldats au front sont en danger et agissent comme des barbares envers des citoyens qui vivent des vies normales dans leur pays. De vrais GIs. Je blâme l’ex PM Paul Martin d’avoir joint la coalition Ă  la demande de l’ONU et d’avoir changĂ© ainsi la nature de nos interventions militaires dans les autres pays. Nous Ă©tions reconnus comme une force militaire dĂ©vouĂ©e au maintien de la paix, voilĂ  que nous sommes engagĂ©s dans une guerre sauvage Ă  l’amĂ©ricaine. Martin a subi les pressions du prĂ©sident Bush et n’a pas su rĂ©sister. Pourtant l’ex PM Jean ChrĂ©tien, qui le prĂ©cĂ©dait, s’était tenu debout et avait empĂŞchĂ© que le Canada ne joigne les USA pour la guerre d’Irak. Combien de mortsaurions-nous dĂ©plorĂ©s depuis s’il avait acceptĂ© et qu’est-ce que cela aurait changĂ© ? Je ne suis pas heureux, non plus, de la dĂ©cision du PM Stephen Harper d’allonger, jusqu’en 2009, la pĂ©riode de temps pendant laquelle nos forces seront en Afghanistan. De plus, il vient de dĂ©cider de dĂ©penser des milliards de $ pour rĂ©Ă©quiper nos forces armĂ©es. Nous sommes dans une spirale guerrière ascendante et cela ne nous mènera nulle part. Le Canada perdra sa rĂ©putation de pays de paix dans le monde. EstimĂ©s et aimĂ©s partout sur la planète Ă  cause de leurs actions positives du passĂ©, les Canadiens risquent de subir, dans le futur, le mĂ©pris des peuples de la terrecomme c’est le cas, actuellement, pour les AmĂ©ricains. Nous ne sommes pas de cette nature et savons que l’on ne règle pas les problèmes Ă  coups de poings. Il est temps que l’opposition canadienne se ressaisisse et arrĂŞte la tendance actuelle. La population canadienne lui en sera reconnaissante.

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