le 23 avril 2002


Ce dialogue traite des politiques du président Bush junior, de l’élection présidentielle en France et des effets de la CIA dans le monde.

23 avril 2002

Mansour: Ton dernier message ne fait que confirmer mes apprĂ©hensions Ă  moyen et long terme de la situation des USA Ă  travers tout le Moyen-Orient et mĂŞme le reste du monde musulman (qui reprĂ©sente au moins le quart de l’humanitĂ© aujourd’hui et sa part ne fait qu’augmenter d’un an Ă  l’autre). Pas plus tard qu’hier soir, j’ai vu un document amĂ©ricain relatif Ă  ce mouvement asiatique panislamique qui n’espère que crĂ©er une nation musulmane incorporant l’IndonĂ©sie, la Malaisie et un grand nombre de sous – rĂ©gions de cette rĂ©gion (y compris une partie des Philippines). Et cette soi-disant nation musulmane d’Asie aura pour principal objectif de s’opposer aux USA.

Claude: Je ne crois pas que cela arrivera. Ces pays sont trop grands et la population de chacun est gĂ©nĂ©ralement homogène. Et ce n’est pas parce que la religion musulmane est prĂ©sente qu’ils se dĂ©composeront en morceaux. Il y a partout des sĂ©paratistes. DĂ©jĂ  l’IndonĂ©sie compte plus de 250 millions de personnes. Ce pourrait ĂŞtre une force mondiale avec une telle population. Ce n’est pas une mĂŞme religion qui fera du nouveau pays du sud-est asiatique dont tu parles une force mondiale. C’est l’Ă©conomie. J’entends comme toi des bruits mais je ne vois rien venir de ce coin lĂ  du monde que j’ai visitĂ© deux fois et oĂą j’ai Ă©tĂ© très marquĂ© par la vie paisible des habitants de ces rĂ©gions.

Mansour: J’ai aussi vu une Ă©mission spĂ©ciale «gĂ©nocide» Ă  la chaĂ®ne tĂ©lĂ©visĂ©e PBS dans laquelle on dĂ©montrait que tous les gĂ©nocides perpĂ©trĂ©s pendant la soi-disant guerre froide, aussi bien en AmĂ©rique latine et AmĂ©rique centrale qu’en Afrique avaient les empreintes de la CIA. L’histoire couvrait la mort de centaines de milliers de Chiliens, GuatĂ©maltèques, PĂ©ruviens, El Salvadoriens. Elle parlait aussi des assassinats de personnages politiques comme Hammarskjöld et Lumumba. Sans oublier aussi les massacres perpĂ©trĂ©s contre le peuple vietnamien pendant plus d’une dĂ©cennie au nom de la dĂ©mocratie.

Claude: Je t’ai dĂ©jĂ  donnĂ© mon point de vue sur ce sujet en t’expliquant que la montĂ©e du communisme dans toutes ces rĂ©gions a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e par l’intervention des USA. Certes ce fut choquant de voir des prĂ©sidents Ă©lus, comme Allende et Lumumba, se faire assassiner et apprendre que la CIA Ă©tait Ă  la base de ces gestes honteux. C’est probable, mais malheureusement ce n’est pas encore prouvĂ©. Il faut se rappeler que les gĂ©nĂ©raux du coup d’Ă©tat du Chili Ă©taient des hommes durs qui ont fait plusieurs massacres depuis et, lĂ  tout comme en Argentine, on retrouve encore aujourd’hui, et Ă  chaque jour, des milliers de mères qui manifestent sur la place publique avec la photo de leur mari ou de leur fils disparus. Pour plusieurs latinos, surtout les militaires, la vie humaine ne vaut pas cher. Heureusement, aujourd’hui, la dĂ©mocratie s’est implantĂ©e et l’Ă©vĂ©nement Chavez a dĂ©montrĂ©, pour la première fois, que si les gouvernements de ces pays de l’AmĂ©rique du Sud prennent leur responsabilitĂ© face Ă  un coup d’Ă©tat, mĂŞme s’il est prĂ©tendument montĂ© par la CIA, ils peuvent faire la diffĂ©rence. Aux USA, il y a eu la mort de Malcolm X et de celle Martin Luther King qui sont aussi, dans plusieurs milieux, attribuĂ©es Ă  la CIA. Cependant oĂą sont les preuves, si elles existent.

Mansour: Les AmĂ©ricains aujourd’hui essaient de justifier leur agression imminente vis-Ă -vis de l’Irak au nom des armes chimiques, biologiques et nuclĂ©aires que ce pays semble avoir ou voudrait acquĂ©rir, alors que pendant des annĂ©es les USA ont utilisĂ© sans rĂ©serve morale le napalm et l’agent orange contre tout un peuple qui refusait de se plier Ă  leurs dĂ©sirs. Il y a des nations qui apprennent les leçons de leur propre histoire mais ce n’est pas le cas des USA qui demeurent toujours arrogants. MalgrĂ© les dĂ©sastres du Vietnam et leurs aventures en AmĂ©rique latine, les USA n’ont rien trouvĂ© de mieux que de retourner vers leurs stratĂ©gies des annĂ©es 60-70, pour donner une leçon au gouvernement Ă©lu dĂ©mocratiquement du Venezuela, la semaine dernière. Le seul pays Ă  avoir reconnu le nouveau gouvernement fantoche crĂ©Ă© par un «quarteron de gĂ©nĂ©raux» comme aurait dit le gĂ©nĂ©ral De Gaulle, a Ă©tĂ© celui de ti-Bush, comme tu l’appelles. Mais le monde de 2002 n’est plus celui des annĂ©es 60-70, au chagrin des fascistes amĂ©ricains qui continuent toujours Ă  dĂ©finir la politique internationale de ce pays.

Claude: Tu sembles oublier l’effroyable 11/9. Tout vient de lĂ . Ti-Bush n’est pas Ă  la hauteur et tous les jours on s’en aperçoit. Un autre prĂ©sident Ă  la Clinton n’aurait pas agi de mĂŞme. Ti-Bush est extrĂŞme, l’a toujours Ă©tĂ© au Texas (la peine de mort), et continue Ă  l’ĂŞtre sans trop savoir oĂą il va. En Europe, il perd toute crĂ©dibilitĂ©. Si la CommunautĂ© EuropĂ©enne peut se servir de cette rĂ©action des EuropĂ©ens vis-Ă -vis ti-Bush pour se donner des politiques internationales intelligentes, moralement fortes et acceptĂ©es par ses membres, elle pourra se marquer et devenir, ce qu’elle doit devenir, un deuxième pĂ´le de puissance dans le monde. Cela viendra contrebalancer l’influence amĂ©ricaine et apportera un Ă©quilibre meilleur dans la vie de beaucoup de peuples et dans la morale politique universelle.

Mansour: Il ne fait pas de doute que la nation amĂ©ricaine est une des plus dĂ©mocratiques du monde dans le domaine de la dĂ©fense des droits des citoyens, mais sa puissance militaire et Ă©conomique a Ă©tĂ© un des plus grands dĂ©sastres de l’humanitĂ© de tous les temps. Très souvent tu dĂ©fendais la politique amĂ©ricaine internationale au nom de la lutte contre le communisme international, mais ce monde communiste est mort depuis des annĂ©es et la politique amĂ©ricaine n’a pas changĂ© en fin de compte. Il faut alors admettre que mĂŞme sa politique des annĂ©es 50-60-70 n’avait rien Ă  voir avec la lutte contre le communisme mondial et la dĂ©fense de la dĂ©mocratie, mais plutĂ´t le reflet d’un pays arrogant de sa puissance militaire et Ă©conomique.

Claude: Je crois que tu en oublies des bouts. Les huit ans de Clinton, entre autres, ont Ă©tĂ© des annĂ©es d’Ă©coute des positions des autres et d’une collaboration internationale sans pareil. Il n’a pas imposĂ© unilatĂ©ralement la position amĂ©ricaine et souventes fois, comme dans la question du projet des anti-missiles qui Ă©tait opposĂ©e par les EuropĂ©ens, les Chinois, les Russes et tant d’autres, il a su agir Ă  la satisfaction de ses collègues du monde. Les USA ont repris beaucoup de poil de la bĂŞte durant ces pĂ©riodes. MĂŞme la situation en Palestine avec des prĂ©sidents comme Carter et Clinton est venue très près d’ĂŞtre rĂ©glĂ©e, alors qu’aujourd’hui c’est la dĂ©bandade…. A mon point de vue, tout dĂ©pend du prĂ©sident et de l’administration en poste. Aujourd’hui, les  » hawks  » sont en en charge.

Mansour: Mon seul chagrin aujourd’hui, c’est que nous n’avons plus les Jean Paul Sartre, Bertrand Russel, Oppenheimer, Simone de Beauvoir, etc… capables de porter la bannière d’une morale universelle que mĂŞme les De Gaulle, les Khroutchev, ou les Kennedy du monde ne pouvaient Ă©touffer. Nous vivons aujourd’hui dans un monde sans gouvernail moral universel.

Claude: Oui, je suis en accord avec toi que des hommes et des femmes seuls, indĂ©pendants et forts intellectuellement peuvent influencer la morale universelle. C’est triste de constater que de tels individus existent de moins en moins. Ils Ă©taient un poids moral important dans la balance des dĂ©cisions politiques et des agissements des  » leaders  » mondiaux. On en tenait souvent compte mĂŞme s’ils n’Ă©taient pas toujours Ă©coutĂ©s. Par contre, ils n’avaient pas toujours raison, par exemple : j’ai toujours cru que plusieurs fois Simone de Beauvoir se montrait biaisĂ©e par son positionnement de gauche et ne pouvait reconnaĂ®tre qu’un politicien de droite, mĂŞme de la stature de De Gaulle, pouvait faire quelque chose de bien pour la nation. Mon opinion me vient de ses livres que j’aime Ă  lire avidement et que je continue Ă  faire, Je lis actuellement  » la force des choses II « .

Mansour: Comme je sais que tu es aussi mordu de la politique que moi je suis persuadé que tu as dû passer toute la journée du dimanche à voir comment les élections présidentielles en France se déroulent.

Claude: Je t’avoue que j’ai suivi avec grand intĂ©rĂŞt l’Ă©lection du premier tour. Le soir des Ă©lections a Ă©tĂ© pour moi une soirĂ©e exceptionnelle et la meilleure du genre depuis une Ă©lection provinciale en 1966 au QuĂ©bec quand Daniel Johnson et son parti Union Nationale ont gagnĂ© le pouvoir de façon totalement inattendue. Ce fut pour moi intĂ©ressant, rĂ©vĂ©lateur, instructif, et m’a permis de mieux comprendre la France politique et ses chefs. J’ai appris, depuis mes 3 ans en France, Ă  comprendre les complaintes des Français moyens, leur dĂ©goĂ»t pour leur gouvernement et les hommes politiques. Et jusqu’Ă  un certain point, je n’ai pas Ă©tĂ© totalement surpris de constater que les candidats en poste, Chirac et Jospin, n’avaient pas reçu beaucoup de votes (si on leur enlève les mordus de partis, les purs et durs partisans, il leur reste quoi?). Il me semble que cela n’a rien Ă  voir avec la gauche ou la droite mais avec le goĂ»t de changement des Français Ă  cause des tracas qu’ils subissent dans leur vie quotidienne, avec leurs difficultĂ©s Ă  faire croĂ®tre leurs entreprises (les 35 heures n’ont pas aidĂ©), la crainte pour la sĂ©curitĂ© de leurs familles et celles de tous les jours, les quantitĂ©s incroyables de tracasseries lĂ©gislatives pour tout ce qu’ils doivent faire, le dĂ©clin des services sociaux, etc…. Comment peut-on ĂŞtre rĂ©Ă©lu devant un tel bilan? Et je n’exagère pas. Mon sondage est simple, j’Ă©coute, je questionne, je lis les journaux, je m’intĂ©resse aux lignes ouvertes et oĂą que j’aille le son de cloche est pareil. Alors il est temps de tout bouleverser et changer… Ce n’est pas difficile Ă  comprendre, Ă  mon avis. Et n’oublie pas qu’ils ont eu un premier avertissement lors des dernières Ă©lections municipales.

Mansour: Je t’avoue que j’ai l’impression que la France vient de vivre un grand tremblement de terre et que les consĂ©quences de ce sĂ©isme ne seront pas connues de sitĂ´t. Je n’arrive pas Ă  croire les rĂ©sultats du premier tour. Comment est-ce que les Français ont prĂ©fĂ©rĂ© voter pour un Le Pen (ancien membre actif de l’OAS, raciste jusqu’au bout des ongles et fasciste) avant un socialiste ?

Claude: Que tu aimes exagĂ©rer ! Comme d’ailleurs tout ce j’entends ici, en France, depuis dimanche est tellement exagĂ©rĂ©. Mais l’extrĂŞme droite n’a pris que 19% des votes. Et, cela lors d’une Ă©lection oĂą les gens sont Ă©coeurĂ©s. Mon village, le Gard, le Vaucluse et tout le Sud-est ont votĂ© LePen. Il a atteint ici une moyenne de plus de 25%. Depuis l’Ă©lection, j’ai parlĂ© Ă  quelques personnes qui ont votĂ© LePen. Leurs arguments n’ont rien Ă  voir avec l’extrĂŞme droite mais avec le discours actuel de LePen qui est, Ă  mon humble point de vue, très Ă  point, rĂ©aliste, convaincant et qui frappe le clou sur la tĂŞte. Il y a beaucoup plus de trotskistes, lĂ©ninistes, bolchevistes ou communistes que de gens vraiment d’extrĂŞme droite et pourtant personne en France ne les dĂ©nonce ou ne diabolise leurs chefs les Hue, les Laguiller, les Besancenot, les Gluckstein. Ils dĂ©fendent des politiques qui ont Ă©tĂ© Ă  la base de gĂ©nocides et de guerres effroyables, qui ont appauvri des peuples au nom du pouvoir au prolĂ©tariat et qui aujourd’hui continuent Ă  se servir des icĂ´nes de ce temps maudit pour faire leurs propagandes Ă©lectorales. Non, il ne faut pas exagĂ©rer et il faut traiter tout le monde sur le mĂŞme pied.

Mansour: C’est la première fois depuis le dĂ©but de 5ième rĂ©publique que le candidat socialiste ne s’est pas placĂ© en deuxième position dans les Ă©lections prĂ©sidentielles.

Claude: C’est le peuple qui a dĂ©cidĂ©. MalgrĂ© cela, certains Français font (supposĂ©ment spontanĂ©ment) des manifestations contre la vraie dĂ©mocratie qui s’est exprimĂ©e lors de l’élection par le peuple. Tout selon la loi. Eh! bien moi je n’embarque pas dans leurs parades et manifestations. Ce sont des cons… car ils n’ont pas Ă©tĂ© capables de convaincre les Ă©lecteurs de les appuyer, ils ont mal gouvernĂ©, ils sont malhonnĂŞtes et les  » affaires  » sont nombreuses, ils voulaient tous une partie de l’assiette au beurre et ont divisĂ© le vote de gauche et celui de droite, ils ne sont pas capables de faire de compromis sauf pour obtenir quelque chose en retour (ministres communistes), etc… La gente politique n’a pas agi dans le meilleur intĂ©rĂŞt de la France. Il me semble que cela est clair et aujourd’hui ils se plaignent tous, avec des trĂ©molos dans la voix, du lait renversĂ©. C’est très impressionnant……

Mansour: Dans 15 jours, la France aura Ă  choisir entre la droite de Chirac et l’extrĂŞme droite de Le Pen. Quel choix !! Je me demande si au deuxième tour des Ă©lections les soi-disant gens de la gauche française se mobiliseront pour au moins barrer la route Ă  Le Pen et si Chirac pourra mobiliser ses troupes pour se dĂ©fendre contre cette marĂ©e montante de l’extrĂŞme droite partout en Europe. Dans 15 jours nous aurons certainement la rĂ©ponse Ă  cette question.

Claude: Pourquoi toutes ces questions? Le choix est clair et facile. C’est Chirac. Le Pen n’a aucune chance. Cessons de nous Ă©nerver. J’espère au moins qu’ils le traiteront comme un candidat qui a gagnĂ© de se rendre au deuxième tour et qu’au lieu de n’employer que des mots et des qualificatifs pour le salir et le diaboliser, tels, fasciste, xĂ©nophobe, etc… que l’on rĂ©fute ses arguments. Que Chirac le dĂ©batte Ă  la tĂ©lĂ© et dĂ©montre clairement que ses visions sont erronĂ©es et dĂ©passĂ©es. Qu’il le mette une fois pour toute Ă  sa place. Et si Le Pen affirme qu’il est rĂ©publicain, qu’il n’est pas fasciste, qu’il a un programme, pourquoi ne pas accepter cela? On a bien cru Jospin qui a dit qu’il n’Ă©tait plus trotskiste mais socialiste. Les arguments pour voter contre ne doivent pas se situer Ă  ce bas niveau mais plutĂ´t Ă  celui de dĂ©bats sur les propositions politiques de son programme, tels, le retrait de la France de la CE, le retour au franc, sa politique d’immigration, etc…. Mais aussi, en plus et surtout, Chirac et les autres politiciens devront dire ce qui va changer. Car en rĂ©alitĂ©, ce choc, ce sĂ©isme, ce coup de tonnerre, ce tremblement de terre et tous les autres qualificatifs exagĂ©rĂ©s que l’on a utilisĂ©s pour qualifier l’appui rĂ©gional Ă  Le Pen, doit dĂ©boucher sur un changement majeur de la politique française, une approche transparente, des mesures de sĂ©curitĂ© vĂ©ritables, une application des valeurs nĂ©cessaires pour une vraie dĂ©mocratie, de l’intĂ©gritĂ© et de l’honnĂŞtetĂ© Ă©vidente, de l’unitĂ©, une facilitation de la vie quotidienne, des impĂ´ts Ă  la mesure rĂ©elle des familles, des lois favorisant le dĂ©veloppement des entreprises petites ou grandes, etc…. Tout ce que je souhaite c’est que le rĂ©sultat de ce cri d’alarme d’un très grand nombre de français, soit une Ă©coute rĂ©elle du gouvernement aux complaintes des citoyens et qu’un coup de barre important soit donnĂ© pour prendre le cap vers de vraies solutions des grands problèmes qui confrontent le Français moyen.

Mansour: Le pauvre Jospin il n’avait rien de son cĂ´tĂ©. Tout d’abord, il passe Ă  la tĂ©lĂ© comme un petit instituteur de campagne et son message passe inaperçu. Ensuite, la gauche Ă©tait très divisĂ©e, comme tu le sais. Je crois que Chevènement lui a fait le plus de mal dans ces Ă©lections. Il lui a volĂ© le slogan d’une rĂ©publique laĂŻque et indivisible. J’ai l’impression que les socialistes français vont une fois de plus goĂ»ter Ă  une longue traversĂ©e du dĂ©sert, comme ils l’ont fait durant la 4ième et surtout la 5ième rĂ©publique.

Claude: Le vrai responsable de cette dĂ©bandade de la gauche est Jospin. Il a perdu l’Ă©lection. Les gens ont votĂ© contre. Il n’a cessĂ© de descendre dans les sondages au point que la trajectoire de Le Pen, qui Ă©tait montante, a rejoint la sienne. Il a bien fait de dĂ©missionner. Il s’est grandi et pour une fois un politicien français a accepter sa responsabilitĂ©. Avant, les autres se sont toujours accrochĂ©s en comptant sur le temps et l’usure pour finalement revenir. Pour eux la politique est une carrière. Cela ne fait pas des enfants forts!

Mansour: L’extrĂŞme gauche va redorer un peu son blason mais ne risquera en aucun moment de poser de problèmes sĂ©rieux Ă  la droite. Cela me rappelle la pĂ©riode de De Gaulle quand le pauvre Mitterrand s’Ă©gosillait sans grand succès contre De Gaulle. Il a fallu la disparition du gĂ©nĂ©ral, pour qu’il soit pris au sĂ©rieux par les Ă©lecteurs français. Et malgrĂ© cela il lui a pris plus de 14 ans avant de finalement dĂ©loger la droite du pouvoir exĂ©cutif et lĂ©gislatif. Mais est-ce que les socialistes d’aujourd’hui ont un Mitterrand capable de leur faire traverser le dĂ©sert sans jamais abandonner l’espoir de reprendre le pouvoir, j’en doute personnellement. Le seul capable de le faire est pour le moment Chevènement, mais il s’est fait trop d’ennemis au sein mĂŞme du parti socialiste.

Claude: A mon avis, Chevènement est trop ennuyant et n’a pas de couleurs. La politique, c’est aussi un commerce d’images et d’illusions et lui est l’anti-thèse de cela. De toute façon la France n’a pas besoin en ce moment de politiques gauchisantes. Le temps de  » interdit d’interdire  » des soixante-et-huitards est terminĂ©. Ils ont fait assez de mal comme çà. Il faut des politiques rĂ©alistes, sans philosophie politique, et qui collent Ă  la rĂ©alitĂ©. La politique des 35 heures, par exemple, n’Ă©tait pas cela, et j’espère que cette loi sera assouplie et mĂŞme oubliĂ©e car les Français doivent ĂŞtre remis au travail. Ici, dans le Gard, c’est ce qu’ils me disent et je crois que cela a du bon sens.

Mansour: Merci de m’avoir racontĂ© ta vie, dans notre conversation prĂ©cĂ©dente, et les valeurs avec lesquelles tu l’as vĂ©cue. Tu me confirmes la diffĂ©rence que j’ai toujours ressentie entre la vieille Europe et l’AmĂ©rique du nord. La vieille Europe a Ă©tĂ© bâtie sur un socle aristocratique alors que l’AmĂ©rique du nord a Ă©tĂ© bâtie sur la valeur du travail et de la libertĂ© pour tous d’aller aussi loin qu’ils le dĂ©sirent. DĂ©jĂ  durant les annĂ©es 60, quand j’Ă©tais Ă©tudiant aux USA, j’avais remarquĂ© que la majoritĂ© des Ă©tudiants autour de moi venaient de famille d’ouvriers alors que je savais qu’en France il n’y en avait que 7% qui venaient de cette classe sociale. La mobilitĂ© sociale de l’AmĂ©rique du nord n’existe nulle part ailleurs. Elle n’a mĂŞme pas existĂ© dans le monde soviĂ©tique qui prĂ©tendait dĂ©fendre les droits des ouvriers. L’AlgĂ©rie des annĂ©es 60 et 70 avait cette mobilitĂ©, mais elle a Ă©tĂ© vite Ă©touffĂ©e par la nouvelle classe de nouveaux riches et de gĂ©nĂ©raux qui ont pris le pouvoir après la mort de Boumediene. Tu me diras qu’il avait dĂ©jĂ  prĂ©parĂ© le terrain pour cette nouvelle classe, mais lui, au moins, il a Ă©tĂ© vraiment pour l’Ă©galitĂ© des chances pour tous les enfants du pays. “But I shouldn’t cry about the spilled milk as we say”. Peut-ĂŞtre viendra le jour oĂą tous les jeunes AlgĂ©riens auront les mĂŞmes possibilitĂ©s pour façonner leurs avenirs que les jeunes Canadiens ou AmĂ©ricains.

Claude: Oui je le souhaite et j’ai eu de la chance de naĂ®tre dans un pays comme le Canada qui m’a donnĂ© toutes les possibilitĂ©s pour ma vie. J’ai aussi bien aimĂ© Boumediene mais je crois que son erreur principale Ă  Ă©tĂ© d’aligner l’AlgĂ©rie sur les pays de l’Est et de croire Ă  la philosophie d’un communisme-socialisme Ă  la Soviet. Aussi, il a peut-ĂŞtre voulu aller trop vite en forçant l’industrialisation dans le pays Ă  un moment oĂą les AlgĂ©riens n’Ă©taient pas prĂŞts pour rĂ©ellement participer Ă  toutes ces entreprises. Le vrai malheur, c’est que le successeur de Boumediene n’Ă©tait pas Ă  la hauteur et que l’armĂ©e a une importance trop grande dans les affaires politiques de l’État.

Mansour: Je ne peux pas terminer ce dialogue sans te donner mes dernières Ă©lucubrations concernant la situation au Moyen-orient. D’un cĂ´tĂ© il ne fait plus de doute que notre ti-Bush est vraiment dans la mĂ©lasse. Il ne sait plus quoi faire. Un jour il parle de son soutien indĂ©fectible Ă  Sharon, un autre jour il parle de la nĂ©cessitĂ© d’un dialogue avec les Palestiniens qui ont des revendications lĂ©gitimes. En faisant cela, non seulement il a tout le monde politique, de tous bords, contre lui Ă  l’intĂ©rieur de son pays mais il s’isole de plus en plus sur le plan international. On parle dĂ©jĂ  de la nĂ©cessitĂ© de remplacer Powell au State Department pour redonner Ă  la diplomatie amĂ©ricaine une crĂ©dibilitĂ© dans sa lutte tout azimut contre le terrorisme. Personnellement, je pense que les jours de Powell Ă  la tĂŞte de la diplomatie amĂ©ricaine sont dĂ©jĂ  comptĂ©s. De deux choses l’une, ou il lui reste un peu d’amour propre et il dĂ©missionne très rapidement ou il persiste Ă  garder son poste et il sera obligĂ© de dĂ©missionner. L’extrĂŞme droite, orchestrĂ©e par Dick Cheney, ne voulait pas de lui en premier lieu, et ce groupe a le vent en poupe Ă  l’heure actuelle. Et le meilleur stratagème pour se dĂ©barrasser de cet individu, qui a eu l’arrogance de dire qu’il fallait Ă©duquer les jeunes amĂ©ricains en ce qui concerne les protections Ă  prendre contre le Sida, c’est de le confronter au sujet du problème israĂ©lo-palestinien. MĂŞme la majoritĂ© des dĂ©mocrates (Ă  l’exclusion probablement des noirs au congrès) ne demanderaient pas mieux que de donner une leçon Ă  Bush.

Claude: Oui je crois que tu as raison. Powell ne peut plus ĂŞtre lĂ . Je le vois aussi partir bientĂ´t. On verra bien. Quant Ă  Cheney, il est le parti rĂ©publicain en arrière de ti-Bush. Il il semble que ce soit le parti qui ait suggĂ©rĂ© Ă  ti-Bush de revenir sur sa demande, suivie de la menace qu’il a faite Ă  Sharon, de quitter sur-le-champ les territoires occupĂ©s d’IsraĂ«l. Le parti argumente que cela apporte une diversion Ă  la guerre contre les terroristes et qu’il vaut mieux pour les AmĂ©ricains de garder tout simple. Donc, au nom de la simplicitĂ©, on sacrifie les Palestiniens, leurs familles, femmes et enfants, aux tanks de Sharon qui continue d’agir comme un ogre et refuse mĂŞme l’entrĂ©e Ă  un reprĂ©sentant des Nations Unies qui a eu l’audace d’exprimer son opinion sur la condition du camp de JĂ©nine. Et encore lĂ , ti-Bush, toujours Ă  la demande de Sharon, a demandĂ© Ă  son ambassadeur de voter contre une rĂ©solution proposĂ©e au conseil de sĂ©curitĂ© pour une commission d’enquĂŞte sur ce qui est arrivĂ© dans ce camp. Kofi Annan a dĂ» prendre l’initiative d’envoyer une Ă©quipe lĂ -bas pour Ă©tablir les faits et cela a finalement Ă©tĂ© approuvĂ© Ă  l’unanimitĂ© par le conseil. Belle affaire! Il est clair que nous ne connaĂ®trons pas toute la vĂ©ritĂ© sur les horreurs que Sharon a commandĂ©es Ă  ses soldats. J’espère que ce dĂ©putĂ© europĂ©en qui veut faire une proposition Ă  l’effet que Sharon soit traduit devant le tribunal de La Haye pour crimes de guerre rĂ©ussisse Ă  faire adopter son point. J’en doute….

A bientĂ´t.